In memoriam MOHAMED BEN OMAR, fils de Gouré : la scène politique nigérienne perd un acteur inégalable

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Dans l’une de ses toutes dernières déclarations officielles, notre défunt Ministre en charge du Travail nous exhortait à « ne pas prendre à la légère » le COVID-19, en expliquant que « c’est une réalité palpable, c’est mortel, ça tue ! ». Il était loin de s’imaginer que cette maladie l’emporterait lui-même.

Maudit VIRUS A LA COURONNE ! Tu t’acharnes sur les hommes politiques du Niger. Après Mahamane Jean-Philippe Padonou, Président du parti « convergence pour la démocratie et le Progrès », C.D.P.-Bikhum Marhaba, Conseiller spécial à la Présidence (compagnon du lycée national de Niamey), le Ministre Mohamed Ben Omar de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, Président du Parti P.S.D.-Bassira, a été l’une de tes nombreuses victimes.

BEN était mon concitoyen de Gouré et mon cadet. il me vouait respect et considération et m’appelait toujours « grand-frère ». En effet, il était né en 1965, l’année où je réussissais mon C.E.P.E. et mon entrée en 6ème à l’Ecole Primaire de Gouré, alors dirigée de main de maître (au propre et au figuré) par mon regretté tuteur Allélé Elhadj Habibou, feu Hassane Saliah étant le sous-préfet, mon grand-frère Adou Adam (premier époux de ma grande-sœur Aïchatou Ben-Wahab), son adjoint, tous deux militants constants et inébranlables du P.P.N.-R.D.A.

Gouré, terroir de Ben Omar

Ben chérissait Gouré. Gouré, aux portes du désert, Gouré où la visibilité est rarement bonne, Gouré, l’un des coins les plus chauds du pays (46 degrés le 29 avril 2020 !). Gouré a connu, en politique, quelques « bonheurs » qu’il faut rappeler :

1. Sous la très démocratique 3ème République (1993-1996), le département de Gouré envoyait au Parlement quatre (4) députés : l’ambassadeur Inoussa Ousseïni « Dukoutous » du parti C.D.S.-Rahama, le financier feu Amadou Boukar Kadimbo du M.N.S.D.-Nassara, le Ministre Mahamane Goni Boulama et le philosophe Bazoum Mohamed, un des principaux animateurs de la conférence nationale souveraine, du P.N.D.S.-Tarayya ;

2. Sous l’actuelle 7ème République, ce sont encore quatre (4) députés nationaux qui, au titre de Gouré, siègent à l’hémicycle : l’Honorable Mahamadou Liman Ali du M.N.R.D -Hankuri (2ème Vice-Président), l’Honorable Halima Mamane du M.N.S.D.-Nassara (Présidente de réseau Parlementaire), l’Honorable Mamadou Chétima du P.N.D.S.-Tarayya, l’Honorable Monzo Liman Amadou du P.S.D.-Bassira ;

3. Sous les 5ème et 6ème Républiques, Gouré avait eu le rare privilège d’aligner quatre (4) ministres au Gouvernement : le très éloquent littéraire Mohamed Ben Omar du R.D.P.-Jamaa (Relations avec les Institutions, Communication), l’administrateur chevronné Salifou Madou Kelzou du R.S.D.-Gaskiya (Relations avec les Institutions), le brillant technocrate et banquier central Samba Mamadou Ousmane (Education nationale) et le juriste Dagra Mamadou (Justice, formation Professionnelle et technique) du M.N.S.D.-Nassara.

Un homme politique habile et audacieux

De nous tous, Ben était le plus politique. Tribun hors pair, orateur de talent, « sorcier de la parole », il avait su gagner la confiance du Président Mamadou Tandja. c’est pourquoi, du Tazartché il avait été à la fois le héros et le héraut. Des « tazartchistes » que nous étions, il était le plus passionné, le plus percutant et assurément le plus efficace ! Son aisance dans la langue française, sa maîtrise peu commune du hausa avaient fait de lui un redoutable débatteur et un adversaire redouté de toutes les oppositions sous les régimes politiques successifs de notre pays.

Véritable animal politique, Ben avait su aisément s’adapter aux contours très mouvants de la vie politique nigérienne. Ses talents oratoires et son éloquence en avaient fait l’un des ténors de la majorité, son porte-voix réel, éclipsant très souvent le Coordonnateur de la M.R.N. et le Ministre porte-parole du Gouvernement.

Ses déclarations passées à la postérité sont célèbres : « Plus P.N.D.S. que moi tu meurs » avait-il déclaré à la radio, en 1996, avant de quitter l’actuel parti présidentiel pour rejoindre le COSIMBA (Comité de Soutien à Ibrahim Maïnassara Baré), puis le R.D.P.-Jamaa. « Je regrette d’avoir voté pour le Président Issoufou » avait-il martelé à la télévision, au premier mandat, avant de rallier la mouvance M.R.N. au second mandat. C’est sans doute pour ces raisons que d’aucuns accusaient Ben Omar d’être opportuniste. Je ne partage pas cet avis. Je dirais plutôt que Ben avait le sens des opportunités, ce qui n’est pas un défaut en politique.

Bien au contraire. Ben avait, lui, appliqué, de manière implacable, le principe de la « real-politik », c’est-à-dire le pragmatisme, la préservation, en tous temps, de ses intérêts politiques. de mon point de vue, cela lui a réussi, puisqu’il avait ainsi méthodiquement construit sa carrière politique : Ministre chargé des Relations avec les Institutions, puis de la Communication sous les 5ème et 6ème républiques, 4ème Vice-Président de l’Assemblée Nationale sous les 6ème et 7ème république (1er mandat), Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, puis de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale sous la 7ème république (2ème mandat).

il était considéré comme l’« éternel ministre » du R.D.P., avec le Colonel Abdoul Rahamane Seydou, maître d’oeuvre de l’organisation des 5èmes Jeux de la Francophonie dans notre pays, en décembre 2005. Mais, déçu de n’avoir pas été porté à la tête du R.D.P.- Jamaa dans la région de Zinder, il avait quitté ce parti et s’était séparé, à son corps défendant, je crois, de son parrain et protecteur de toujours, le docteur Hamid Algabid.

L’homme au bonnet noir

C’est dans ces circonstances qu’il avait créé, en décembre 2015, son parti, le Parti social-démocrate, P.S.D.-Bassira. Il avait, depuis lors, tenu à marquer sa différence, en troquant la chéchia rouge contre sa chéchia noire. Ce parti, bien implanté notamment dans le département de Gouré, a, seulement deux mois après sa création, réalisé l’exploit d’enlever deux (2) sièges de députés aux élections législatives de février 2016. Son congrès ordinaire, tenu naguère à Zinder, a administré la preuve qu’il est un parti avec lequel il faut compter.

C’est la raison pour laquelle, je conjure mes frères et soeurs militants du P.S.D.-Bassira d’honorer la mémoire du Président Fondateur de leur parti, en sauvegardant leur cohésion et leur unité, pour préserver leur formation politique, promise à un bel avenir.

Petit-frère Ben, Gouré, que tu aimais tant, te pleure. Zinder te pleure. et surtout le Niger, dont tu as, de fort belle manière, fait résonner la voix à l’international, dans de nombreuses enceintes, te pleurera toujours :

Adieu, petit-frère ! Rendez-vous dans l’au-delà et de préférence au Paradis ! Amen.


Par DAGRA Mamadou, enseignant-chercheur, FSJP / UAM